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Agence landaise de l’accessibilité : une première étape qui en appelle d’autres

09/02/2026

556 vues

© C. Chambres | Dpt 40

Garantir l’accessibilité des services publics locaux aux Landaises et Landais en situation de handicap : un premier atelier de réflexion pour relever cet ambitieux objectif a eu lieu en décembre.

L’idée avait germé lors de la première Conférence des territoires du CNCPH (Conseil national consultatif des personnes handicapées), le 16 décembre 2024 au CaféMusic à Mont-de-Marsan. Il s’agissait d’accompagner les collectivités, et en particulier les plus petites communes, dans une approche globale de l’accessibilité des personnes handicapées : architecture, numérique, formation des équipes d’accueil, etc.

À peine un an plus tard, le 11 décembre 2025, ce souhait a pris une première forme concrète au Village Landais Alzheimer Henri Emmanuelli à Dax. 35 personnes environ (représentants d’institutions, de communes et d’associations, mais aussi une petite dizaine de personnes handicapées) se sont réunies, à l’instigation du Département, et en présence de l’État, pour dessiner les contours et les modalités d’intervention d’une Agence landaise de l’accessibilité. Celle-ci ne se veut pas une énième structure juridique mais un vrai programme d’appui pour les communes, reposant sur les retours, avis et conseils des usagers confrontés au handicap. L’animation de cette demi-journée avait été confiée au tiers-lieu L’Établi. Regards croisés sur cet après-midi riche en échanges, avant le prochain atelier le 6 mars, toujours au Village Landais Alzheimer.

Cet atelier a bénéficié de l'expertise de nombreuses personnes en situation de handicap © C. Chambres | Dpt 40

Pourquoi avoir participé à cet atelier ?

Christian Costa, habitant de Soustons et infirme moteur cérébral :
« Depuis ma naissance, à la suite d’un problème périnatal, j’ai expérimenté à mon corps défendant les difficultés liées au manque d’accessibilité. J’ai longtemps marché avec des cannes anglaises. J’ai désormais 58 ans et je me déplace de plus en plus avec en fauteuil manuel. 

J’ai participé à cet atelier parce que j’ai la capacité de m’exprimer à haute et intelligible voix. Chaque fois qu’on me demande de l’ouvrir, je l’ouvre ! D’autres personnes qui ont mon handicap ou un autre type de handicap ne veulent pas ou ne peuvent pas s’exprimer. Pour autant, je ne me considère pas comme un porte-drapeau. »

 

Stéphanie Pourquier, directrice de la Maison Landaise des personnes handicapées (MLPH), et Pauline Suiffet, coordinatrice de la Communauté 360* :
« La MLPH et la Communauté 360 interviennent auprès des personnes sur tous les sujets du quotidien. Il nous semblait donc important de participer à ce projet afin de pouvoir témoigner de ce que l’on constate et également relayer ce que les personnes en situation de handicap ainsi que les associations représentatives du handicap nous font remonter. »

 

Thomas Bouquet, directeur régional d’APF France Handicap Nouvelle-Aquitaine :
« Parce que la question de l’accessibilité est au cœur du projet d’APF France Handicap. ''L’incluversalité'' des solutions est le concept qu’APF défend et auquel je souscris, car ce problème concerne tout le monde, et pas seulement les personnes handicapées. C’est à ce prix là qu’on fait citoyenneté et République. 

L’accessibilité implique de multiples sujets : le bâti, le digital, la qualité des réponses des professionnels au public grâce à une sensibilisation, amélioration de la communication sous toutes ses formes. »

 

Stéphanie Rabiller-Montalibet, responsable scientifique de la chaire Aditus :
« J'ai participé à l'atelier après invitation du Conseil départemental pour la chaire Aditus de l'Université de Pau, co-financée par le Département des Landes. L’objectif de la chaire est d’assurer la participation effective des personnes handicapées. L'Agence Landaise de l'accessibilité parait ainsi être une bonne porte d'entrée pour promouvoir les droits de ces personnes et permettre le respect de la CIDPH (Convention internationale relative aux droits des personnes handicapées) en s'y rattachant. »

Au début de l'après-midi, Clémence Mainpin, directrice du tiers-lieu L'Établi, a expliqué aux participants les modalités de fonctionnement du format « Design sprint » © C. Chambres | Dpt 40

Qu’avez-vous pensé du format ?

Clémence Mainpin, directrice du tiers-lieu L’Établi :
« Nous avons imagé ce format de "design sprint" pour permettre à chacun de contribuer, quels que soient son histoire et son rôle. La co-construction avec les personnes concernées était la clé. Pour ce faire, nous avons privilégié des petits groupes, alternant temps de réflexions individuels et mise en commun. Nous avons aussi eu recours à des méthodes de facilitation permettant de rebondir sur ce qui a déjà été dit par d'autres, ou encore des techniques pour susciter de nouvelles idées. L'idée était d'avoir un format court et dynamique qui permet de générer un grand nombre d’idées. »

 

Christian Costa :
« C’était très fécond. Il y avait beaucoup de gens, de handicaps et de niveaux sociaux différents. Cette mixité était intéressante, ce qui est d’autant plus appréciable dans la société de plus en plus cloisonnée vers laquelle nous dérivons. Plus les gens se réuniront, plus ils se parleront et plus on sera fort pour combattre les problèmes. »

 

Thomas Bouquet :
« En mode projet, avec des chefs d’atelier bien formés, ce sont des outils adéquats pour stimuler l’intelligence collective et faire participer tout le monde, quel que soit le costume qu’il porte. C’est aussi très important de faire appel aux expertises d’usage, qu’on soit directement concerné ou professionnel. L’Agence landaise de l’accessibilité en a fait son principe moteur, et c’est crucial. »


Stéphanie Rabiller-Montalibet :
« La démarche de co-construction, associant personnes concernées, représentants associatifs et professionnels, a constitué un véritable atout, tout comme la richesse liée à la diversité des profils réunis. Le choix de groupes de travail restreints (7 à 8 participants) a, par ailleurs, favorisé un climat propice à la prise de parole, en facilitant l’expression de chacun. Enfin, la structuration des échanges autour de questions ciblées a permis de guider utilement la réflexion et de maintenir une dynamique de travail. »

 

Jérémie Boroy, président du Conseil national consultatif des personnes handicapées (CNCPH) :
« Je ne m’y attendais pas mais j’ai pris beaucoup de plaisir du début à la fin. Sur le fond bien sûr, mais aussi sur la forme, avec la manière dont on a mélangé des gens d’horizons différents pour faire converger les objectifs. Il y a à peine un an, on évoquait cette idée d’Agence landaise de l’accessibilité et, aujourd’hui, tout le monde était là, c’était fabuleux. J’ai beaucoup aimé aussi comment les personnes concernées ont interpelé les organisateurs. »

Le format du « design sprint » a permis de stimuler l'échange d'idées © C. Chambres | Dpt 40

Qu’avez-vous retenu de ces débats ?

Jérémie Boroy :
« Une confirmation sur les lignes à faire bouger, et sur la nécessité de commencer par comprendre ce qu’est l’accessibilité. Quelqu’un a parlé de la vie intime et amoureuse. J’étais surpris mais la démarche d’accessibilité concerne en fait tous les aspects de la vie des personnes : les lieux, les supports d’information, les relations humaines… On peut traiter de tous les sujets. »

 

Stéphanie Pourquier et Pauline Suiffet :
« Les conditions de travail étaient idéales, tant du fait du lieu, de la qualité de l’accueil, que de l’organisation ou de la convivialité. Cela a créé un état d’esprit très positif à notre sens, avec une vraie envie de partager et de co-construire.

Concernant le contenu des échanges, la notion d’interlocuteur local et de proximité nous a semblé très importante, tout comme celle d’un lieu référence / centre de ressources dans les Landes pour tout ce qui a trait à l’accessibilité. »

 

Stéphanie Rabiller-Montalibet :
« L'idée générale était vraiment l'envie et le besoin de faire avancer rapidement les choses, et d'enfin concrétiser la mise en accessibilité généralisée du département. La loi du 11 février 2005 et la Convention internationale des droits des personnes handicapées (CIDPH) ont maintenant 20 ans, il est temps de garantir leur effectivité sur tout le territoire et de faire de l'accessibilité un maitre mot et non plus un traitre mot. Il y a donc une motivation certaine des acteurs qui voient d'un bon œil la mise en avant d'une politique de l'accessibilité universelle. » 

Jérémie Boroy, président du CNCPH (au premier plan), écoute la présentation de Clémence Mainpin © C. Chambres | Dpt 40

Thomas Bouquet :
« Indépendamment de l’énergie et de l’envie, c’est important qu’on ait un Département et des acteurs convaincus de la démarche. C’est la première chose à souligner : on a un Département vecteur qui a envie de transformer l’essai.

Ce que l’on a fait pendant cette journée, c’est ce que l’on ne cesse de répéter dans nos réunions depuis des années. Il est temps de mettre réellement en pratique ces messages de co-construction et il est temps d’avoir un chef d’orchestre pour mettre ces vœux en musique. C’est bien que le Département semble vouloir endosser ce rôle parce qu’il y a une très grande attente de la part des participants. »

 

Clémence Mainpin :
« Plus de 200 idées ont été formulées en à peine plus de deux heures ! 100% des participants ont produit des propositions. Et tous ont dit qu'ils souhaitaient poursuivre l'exercice à l'avenir. C'est déjà un bel exercice de démocratie participative. 

Il y a des idées auxquelles on s'attendait, et d'autres qui nous ont pris de court. Les idées plébiscitées portent sur le fait de s'appuyer sur l'expertise d'usage des personnes concernées. Elles doivent être au cœur du dispositif. 

Les participants ne veulent pas une énième technostructure. Ils réclament une agence itinérante (au plus près des besoins), une agence identifiable (avec des interlocuteurs clairs et incarnés et non une boîte de contact), et une agence performante et agile. Je retiens aussi, pour finir, la mise en garde des participants : il ne faut pas donner de faux espoirs. Si on lance l'agence, il faut se montrer au rendez-vous ! Cela nous oblige collectivement. »

Magali Valiorgue, conseillère départementale déléguée aux Personnes handicapées © S. Zambon | Dpt 40

Et maintenant, que fait-on ?

Magali Valiorgue, conseillère départementale déléguée aux Personnes handicapées :
« Deux sentiments m’animent après cette première rencontre : l’enthousiasme et la responsabilité. Je suis ravie de voir l’engouement pour ce projet et la présence significative des personnes directement concernées. Cette présence, la somme des idées et leur pertinence nous créent une double responsabilité. La première est de proposer des nouvelles séances d’atelier participatif dans un délai court car l’accessibilité n’attend plus. Les personnes présentes au VLA-HE lors du premier atelier nous l’ont clairement affirmé : nous ne sommes pas ici pour rien ! La seconde responsabilité est donc que le projet puisse se réaliser, dans ses premières actions concrètes, d’ici fin 2026, notamment dans le cadre du déploiement local du service public départemental de l’autonomie qui est l’une des dimensions du projet d’agence. 

L’un des points que je retiens du premier atelier, c’est notamment ce qui concerne le fait de recourir à l’expertise concrète des personnes concernées dans leur vie quotidienne à la fois au niveau de l’inaccessibilité mais aussi des idées, des solutions pragmatiques à mettre en œuvre.

Les premières actions de l’agence landaise d’accessibilité sont donc attendues d’ici fin 2026. C’est ce à quoi nous travaillons au niveau institutionnel et administratif en lien avec l’État. Le Département a pour objectif que les premières décisions relevant de ses responsabilités soient prises fin juin 2026. »
 

* En lien avec la MLPH, la Communauté 360 est un réseau de professionnels soutenant le parcours de vie des personnes en situation de handicap et leurs aidants. Au 0800 360 360, la coordinatrice vous informer ou vous oriente vers un interlocuteur local ou vers des organismes ressources au plus près de chez vous.

 

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