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Formation agents en gérontologie : quand l’envie croise les besoins

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Huit stagiaires, en reconversion, participent à une nouvelle formation courte, en alternance en EHPAD, de l'association Agheil fédérant les établissements landais.

30/04/2024

© J. Ducourau
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Vanessa Pradelles a travaillé comme réceptionniste trilingue en village vacances pendant 15 ans à Moliets. Mais avec le Covid et à mesure des exigences farfelues de touristes parfois capricieux, elle a bien senti qu'elle avait fait le tour de ce métier-là. « Ça devenait difficile et je ne trouvais plus de sens à ce que je faisais. J'ai toujours eu envie de travailler avec des personnes âgées mais avec mon Deug de droit à Bayonne il y a des années et aucun diplôme dans le soin, je pensais que ce serait compliqué », confie-t-elle, avec sa blouse rose flashy raccord avec son dynamisme sur le terrain.

Du « savoir-être » aux savoirs techniques

Motivée, elle tente quand même de répondre à une annonce à l'EHPAD de Vielle-Saint-Girons où elle vit : « je pensais qu'on m'orienterait vers du secrétariat mais M. Lagardère m'a proposé un stage en immersion, ça a été la révélation ». Etienne Lagardère, le directeur de l'EHPAD Cante Cigale qui peine à trouver des aides-soignantes pour compléter ses équipes, a tout de suite perçu le potentiel de sa nouvelle recrue : « pour les gens qui n'ont aucune formation ni expérience dans le secteur mais qui semblent avoir une réelle appétence et un savoir-être naturel, on commence toujours par une période d'immersion. Cela permet à la fin du stage de se dire si c'est fait pour soi ou pas ».

Vanessa Pradelles à l'écoute des conseils de ses nouveaux collègues de l'EHPAD de Vielle-Saint-Girons © S. Zambon | Dpt 40

 

Son infirmière coordinatrice, Sophie Batbedat, ayant aussi participé de près avec d'autres EHPAD à la création et au contenu de la nouvelle formation d'agent en gérontologie proposée par l'association Agheil (Acteurs de la gérontologie et du handicap - établissements et institutions landaises, qui fédère près d’une cinquantaine d’établissements), lui a donc proposé de s'inscrire aux cours dispensés à la MFR de Pontonx-sur-l’Adour pour développer ses compétences théoriques tout en acquérant des compétences techniques durant les semaines en établissement.

« Il y a un savoir-être de base, fait de valeurs, de politesse, de discrétion, de respect de la chaîne de décision, qu'a Vanessa et que tout le monde n'a pas, pour pouvoir travailler au côté des résidents. En partant de ce constat, la formation a donc été pensée sur une montée en compétence, en démarrant par ce qui est le plus éloigné du résident (l'environnement, la désinfection de locaux, etc.) pour se rapprocher de lui, en apprenant à lui dispenser des soins techniques », dit la responsable qui, comme dans d'autres EHPAD, ne voit pas beaucoup de candidats affluer pour des CDI d'aide-soignant. Certains, dit-elle avec le directeur, préfèrent en effet rester en intérim pour choisir leur mission et leur temps de travail hors week-end alors qu'un Ehpad doit évidemment fonctionner 24h/24 et 7j/7.

À voir déambuler Vanessa dans les chambres et couloirs, avec toujours un mot sympa pour les résidents en train de planter, ce jour-là, les fleurs sur le pin du mai dans la salle polyvalente, on comprend vite qu'elle a fait le bon choix. « Toutes les équipes sont top et très investies auprès de moi. C'est rassurant d'avoir à la fois une formation à l'extérieur dans une approche théorique sur les pathologies, les comportements à avoir, la gestion globale d'un établissement, etc., et de travailler en même temps dans le quotidien de l'EHPAD, ça sécurise les compétences », assure-t-elle, envisageant peut-être de poursuivre sur une formation d'aide-soignante derrière (1 500 heures sur une année).

Interview audio : Vanessa Pradelles

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Une semaine à la MFR, une en EHPAD

Sur les quatre mois de formation, les stagiaires, âgés de 21 à 55 ans, sont en général une semaine à la MFR et la suivante en établissement. « À 50 ans, c'est très bien d'avoir une formation courte pour acquérir le maximum de compétences », témoigne Natacha qui après 17 ans à l'Adapei d'Orthez comme aide médico-psychologique, est désormais en alternance à l'EHPAD Alex Lizal à Dax.  

Dans les locaux de Pontonx, les intervenants professionnels – une bonne dizaine venus des EHPAD partenaires - se succèdent pour expliquer aux stagiaires les besoins des personnes dépendantes, les pathologies courantes, les techniques d'accompagnement, la communication, l'éthique et le respect de la dignité, la gestion des situations d'urgence, les différents métiers comme celui d'ergothérapeute par exemple.

Personnels polyvalents

Ce jour-là, Sandrine Fernandez, cadre hébergement à l'EHPAD de Saint-Vincent-de-Tyrosse, est venue leur parler, entre autres, des risques infectieux et des troubles de désorientation : « un jour, un résident peut chercher sa chambre alors que la veille encore il savait toujours s'y rendre. Il ne faut jamais se dire « mais, il ne comprend rien ! », le travail du professionnel doit se faire dans le non-jugement : « Oui je vous raccompagne, ce n'est pas très loin ». Il ne faut pas mettre les personnes en situation d'échec, non, le savoir-être c'est comprendre le besoin, être aux côtés d'eux sans faire à leur place ». 

Le matin, avec des animateurs en gérontologie, les nouveaux étudiants de la MFR ont aussi préparé des jeux autour de la nourriture, pour échanger sur les goûts, les besoins des personnes dépendantes, entre crèmes anglaises et crèmes protéinées.

« L'idée est d'avoir des personnels très polyvalents, qui partagent des valeurs, des gens qui puissent comprendre la globalité du fonctionnement d'un EHPAD comme la globalité de la personne, prendre de la hauteur, avoir un regard différent. On veut les amener à se questionner, à développer leur réflexion pour mieux s'adapter à ce qu'est la personne malgré sa dépendance », font valoir Émilie Darricau et Séverine Léguillon, formatrices à la MFR qui ont travaillé le projet à partir du cahier des charges élaboré par l'Agheil et en tenant compte des ajustements proposés par le comité pédagogique, spécialement créé pour la cause et composé de professionnels de santé des établissements membres de l'association.

De gauche à droite : Séverine Léguillon et Émilie Darricau, les responsables pédagogiques de la formation à la MFR de Pontonx-sur-l'Adour © J. Ducourau

Pour ces ex-animatrices en établissement, « on est dans un département où les EHPAD sont publics avec une politique très favorable à la personne âgée et à l'accompagnement des aînés comme avec le Sapal. Ce n'est pas étonnant que cette formation ait été créée ici. On cherche à renouveler l'exercice, voir comment enseigner autrement, et on avance en marchant ».

Donner et recevoir

Alors qu'en 2030, la moitié de la démographie d'aides-soignantes en France partira à la retraite et qu'il y aura, en parallèle, trois millions de personnes âgées supplémentaires, « on a voulu à notre niveau pallier les difficultés liées à la crise du recrutement dans les EHPAD qui sont parfois un des derniers services publics dans des villages », relève Mathieu Henry, le président de l'Agheil. Après avoir répondu à l'appel à manifestation d'intérêt de l'ARS (Agence régionale de santé) en 2021 pour la plateforme territoriale solidaire de renfort RH (ressources humaines), l'Agheil a, en fin d'année dernière, ouvert cette nouvelle formation courte d'agent en gérontologie, financée par le Département. 

Entre formation théorique et immersion en EHPAD, « l'idée était de redonner le pouvoir aux établissements en fonction de leurs besoins, en recrutant dans la proximité une ressource qui existe mais n'est pas formée, afin de limiter notamment le turnover qui épuisent les équipes en place », selon Anthony Vaccari, coordonnateur RH à l'Agheil. Dans les prérequis pour le jury de sélection des candidats qui tous, devraient - sauf événement imprévu - être embauchés à l'issue, « le savoir-être est une base indéniable car le savoir-faire, lui, s'acquiert ensuite ». 

Vanessa Pradelles avec des résidents de l'EHPAD de Vielle-Saint-Girons © S. Zambon | Dpt 40

 

Ce savoir-être, les huit stagiaires recrutés pour cette première session, dans des reconversions professionnelles réfléchies, l'ont en effet tous naturellement, comme Coline, 25 ans, qui après un diplôme d'assistance dentaire, s'est orientée vers le soin, en souvenir de sa grand-mère atteinte d'Alzheimer, forte de son « très bon feeling avec les personnes âgées ». Idem pour Sarah Alognon, une Togolaise « choquée de voir les personnes âgées toutes seules » en établissement à son arrivée en France : « elles ont besoin qu'on s'occupe d'elles. Pour moi, c'est le plus beau métier au monde ».

Engagé auprès de ses concitoyens comme pompier de Paris par le passé, Michael Thuillier est récemment arrivé dans les Landes après un accident de vie familiale : « ça m'a donné envie de faire des choses complètement différentes, de donner plus aux autres que ce que je donnais déjà. Cette formation est tombée à pic. Comme disent les jeunes : « je kiffe ! ». J'y trouve du sens, c'est tellement gratifiant de donner à des gens qui ont besoin de recevoir ».

Pourquoi pas vous ?

En partenariat avec l'Agence régionale de santé Nouvelle-Aquitaine, le Département des Landes et la Maison familiale rurale (MFR) de Pontonx-sur-l’Adour, la formation d'agent en gérontologie, proposée par l'association Agheil (Acteurs de la gérontologie et du handicap - établissements et institutions landaises), se déroule sur 500 heures en quatre mois. 

Financée par le Département pour un montant de 36 000 € au titre de son action pour l'attractivité des métiers de l'accompagnement, elle combine 300 heures d’enseignement théorique à la MFR de Pontonx-sur-l’Adour et 200 heures de stage pratique dans les EHPAD partenaires, à Dax, Mont-de-Marsan, Montfort-en-Chalosse, Roquefort, Saint-Vincent-de-Tyrosse, Vielle-Saint-Girons et au Village landais Alzheimer Henri Emmanuelli. 

Après cette première session de janvier-mai, une autre pourrait ouvrir dans les prochains mois pour former de nouveaux agents prêts à travailler. « L'idée est bien de pérenniser le dispositif pour rattraper peu à peu les carences de personnels qualifiés », selon le président de l'Agheil, Mathieu Henry. Avec des formations dans les localités au plus proche des établissements et au plus proche des candidats potentiels.

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